Pic de volatilité sur les marchés – est-ce grave docteur?

2020-03-13

Depuis 2 semaines, les marchés financiers ressentent les effets du COVID-19. Sont-ils vraiment malades ?

 

Lee Atwater, conseiller de Ronald Reagan dans les années 80, a dit : « la perception, c’est la réalité ». Il semble que ce principe s’applique non seulement à l’électorat, mais aussi aux marchés financiers. Sur le papier, la crise sanitaire liée au Covid 19 devrait faire moins de victimes dans le monde que la grippe. Il existe déjà des médicaments permettant d’atténuer les effets de la maladie et la production d’un vaccin dans les 12 prochains mois est probable. Pourtant, la réaction des marchés a été violente, avec des bourses en baisse de plus de 20% et un pic de volatilité comparable à celui la crise des subprimes en 2008.

Bien sûr, les mesures prises par les états pour endiguer la progression du virus ont des conséquences réelles pour l’économie, en particulier pour le secteur tertiaire, très important dans les pays développés. L’achat de biens est repoussé mais les prestations de services sont perdues : une fois la crise passée, j’achèterai le smartphone qui était en rupture de stock mais je ne rattraperai pas toutes mes sorties manquées au restaurant ou au cinéma.

Cependant, la réaction des marchés semble disproportionnée et témoigne d’une aversion généralisée au risque et à l’incertitude. Il faut se rappeler que l’année 2019 a été excellente pour l’investissement. Même si la situation de marché est plus sévère en Europe, les indices boursiers suisses et américains viennent d’abandonner les gains réalisés depuis 12 mois seulement, pas ceux générés depuis 10 ans, comme cela fut le cas en 2008. En réalité, un investisseur investi dans les actions depuis 5 ans ou plus est encore assis sur une confortable plus-value. Pourtant, cela n’a pas empêché les autorités (gouvernement, banque centrale) des pays concernés d’annoncer des mesures importantes de soutien à l’économie.

Si un filet de sécurité est nécessaire pour aider les entreprises, notamment celles de petite et moyenne taille qui ont un accès difficile au financement, à traverser cette période délicate, cette action ne peut pas répondre aux angoisses de la population. Allons-nous cesser de rester confinés à la maison parce que la Fed augmente son bilan ?

En réalité, le principe de précaution ne s’applique pas seulement dans les politiques de santé mais aussi dans celles des banques centrales. Malheureusement, celles-ci ont depuis trop longtemps un chèque en blanc pour soutenir les actions coûte que coûte. Après des années d’intervention injustifiées, elles se retrouvent en face d’une crise sérieuse à devoir traiter un patient qui a développé une résistance sévère à leur thérapie, et plus beaucoup de solutions dans leur boîte à pharmacie.  

Si les banques centrales ne peuvent soutenir les cours, vers quels actifs se tourner pour protéger son portefeuille? Force est de constater que ce sont toujours les mêmes qui s’avèrent efficaces : le franc suisse, l’or, les obligations d’état américaines. Si ces classes d’actifs défensives traditionnelles ont progressé de quelques  pourcents, l’indice VIX a lui triplé en 2 semaines. Comme dans les crises précédentes, la volatilité a démontré son efficacité comme protection, non seulement parce qu’elle est négativement corrélée avec les actions, mais aussi parce qu’elle est capable de réagir de manière explosive en cas de correction boursière  et qu’elle ne connaît pas de limite à la hausse.

La volatilité est aussi un thermomètre efficace pour mesurer la nervosité des investisseurs. Deux faits méritent d’être relevés : la montée de la volatilité implicite, déduite du prix des options, a été moins forte et moins rapide que celle de la volatilité réalisée, calculée à partir des mouvements réels du marché. Ceci indique que les investisseurs n’ont pas eu besoin de se précipiter pour acheter de la volatilité ou couvrir des positions short, comme ce fut le cas en février 2018. De plus, la volatilité moyen-terme a également fortement progressé, signe que les investisseurs anticipent que le marché va rester volatile encore de nombreux mois.

Il est encore trop tôt pour tirer toutes les conclusions de la crise du Covid19. Certains prétendent qu’elle va entraîner une prise de conscience de la fragilité de notre mode de vie et mettre un frein à la mondialisation. Pour le monde de l’investissement, en particulier celui des stratégies quantitatives, elle constitue un stress-test grandeur nature, dont nous aurons le résultat une fois que les marchés se seront stabilisés.  Dans quel état seront les bilans des banques centrales et les budgets des gouvernements à la fin de la crise ? L’intelligence artificielle et les algorithmes d’une stratégie d’investissement peuvent-ils prendre en compte la peur d’un virus ? Une stratégie d’égalisation du risque basée sur la volatilité fait-elle encore du sens quand la celle-ci explose à la hausse ? Les réponses à ces questions seront passionnantes et forceront les professionnels de l’investissement à mettre à jour leur livre de recettes.